L'Anglaise et le duc
2001 Drame historique   
 
  • Director: Eric Rohmer
  • Script: Eric Rohmer, d'après "My Life During the French Revolution" de Grace Elliott
  • Photo: Diane Baratier
  • Cast: Lucy Russell (Grace Elliott), Jean-Claude Dreyfus (Le duc Philippe d'Orléans), François Marthouret (Général Charles Dumouriez), Léonard Cobiant (Champcenetz), Caroline Morin (Nanon), Alain Libolt (Duc de Biron)
  • Country: France
  • Language: French
  • Runtime: 128 min
  • Aka: The Lady and the Duke
 
 
 
Summary
Grace Elliot, une lady aux relations sociales bien établies, vit à Paris au temps de la Révolution française. Elle a été autrefois la maîtresse du duc d’Orléans, cousin du roi Louis XVI, qui est resté son plus proche ami et confident. Cependant, alors que le duc soutient la Révolution, les sympathies de Grace vont vers le roi and sa famille. À l’insu du duc, elle risque sa propre vie en soustrayant un aristocrate à l’arrestation and à une mort certaine par guillotine. Plus tard, elle est atterrée lorsqu’elle apprend que le duc, dont la voix a été décisive, a voté la mort du roi. Alors que Paris est en plein effervescence, Grace décide finalement de retourner en Angleterre. Mais avant que le duc ait pu lui obtenir un laissez-passer, elle est arrêtée suite à la découverte, chez elle, d’ une lettre compromettante…

Review
Dans ce qui est peut-être l’un des films les plus surprenants qu’il ait réalisés jusqu’à présent, Éric Rohmer nous offre ici un tableau insolite de la France plongée dans l’une des plus sombres périodes de son histoire. Malgré le fait qu’il soit probablement plus célèbre pour ses observations perspicaces et humoristiques concernant les relations hommes-femmes (comme dans le cycle des Quatre saisons, salué unanimement par la critique), Rohmer a aussi produit quelques oeuvres historiques fort honorables, dont plusieurs pour la télévision française et deux pour le cinéma, La Marquise d’O (1976) and Perceval le Gallois (1978). L’Anglaise and le Duc reflète amplement l’enthousiasme and le talent que le réalisateur met à traiter les sujets historiques and devrait plaire autant aux amoureux du cinéma estampillé Rohmer qu’aux personnes intéressées par l’histoire de France.

Bien que la renommée du cinéma français en matière de films historiques ne soit plus à démontrer, la période de la Terreur, qui couvre les années 1792-1794, durant laquelle Robespierre and ses partisans essayèrent de purger Paris de la noblesse and de leurs opposants, n’est pas souvent abordée. Réalisé en 1982, Danton , le film d’Andrzej Wajda, est vraisemblablement le seul film mémorable qui traite de ce sujet. L’explication est peut-être à mettre sur le compte de l’ambivalence que les Français entretiennent avec cette partie de leur histoire, la fierté de voir émerger le nouvel État français étant quelque peu tempérée par la nostalgie de la monarchie.

Il y a peu d’incertitude sur le parti pris qu’adopte Rohmer dans ce film, étant donné qu’il dépeint les loyalistes sous les traits de martyrs, les révolutionnaires sous ceux de fous grossiers ou de brutes répugnantes, and la Révolution comme étant une idéologie inhumaine qui sombre dans la folie furieuse. Le film, tiré des Mémoires d’une aristocrate britannique, Grace Elliot, donne par conséquent une vision personnelle and originale de la Révolution et apporte un contraste saisissant avec les documents historiques traditionnels consacrés à cette période, dans lesquels la sympathie va presque toujours aux révolutionnaires.

Le film de Rohmer représente l’antithèse du film d’époque traditionnel français and de part son style se trouve être bien plus proche d’une mise en scène de théâtre que d’une œuvre cinématographique conventionnelle. Riche en dialogues, comme dans la plupart des films du maître, et évitant l’emploi de décors imposants, L’Anglaise and le Duc décevra à n’en pas douter le public adepte des films historiques à grand spectacle, genre dans lequel excelle le cinéma français. Les dialogues subtils and merveilleusement écrits pallient ce minimalisme scénique, tandis que les prestations remarquables de Lucy Russell, dans le rôle de la lady, and de Jean-Claude Dreyfus, dans celui du duc, font du film une oeuvre irrésistible et instructive.

Le film, voué aux gémonies par des critiques, porté aux nues par d’autres, présente pourtant un aspect controversé : l’utilisation de tableaux en guise de toile de fond pour représenter les scènes extérieures. Ces tableaux peints au XVIIIème siècle entendent vraisemblablement donner une représentation authentique de l’époque, en même temps qu’ils permettent au spectateur de faire le lien entre ce qui lui est donné de voir and les souvenirs qu’il a gardés de ses leçons d’histoire sur les bancs de l’école. Les acteurs apparaissent en surimpression sur ces images au moyen des dernières technologies numériques – un coup étonnamment audacieux pour un réalisateur plutôt conservateur. Ce procédé est sans conteste imaginatif and certaines scènes accrochent vraiment l’œil. Cependant, une fois que l’attrait de la nouveauté s’est dissipé, il devient très facile de déceler les imperfections ainsi que les limites de cette technique, qui, tout compte fait, nous détourne du plaisir inhérent à l’intrigue. Néanmoins, L’Anglaise et le Duc  mérite vraiment d’être vu and ce, principalement, pour l’approche intensément humaine qu’il nous offre sur l’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire de France.

© James Travers 2002
Traduction de Jean-Claude Rossini

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